EcoTV par BNP Paribas – nº7 – janvier 2008

Sibylle Dehesdin : Bonjour à toutes et à tous, ravie de vous retrouver pour ce nouveau numéro de EcoTV, le rendez-vous mensuel des économistes de BNP Paribas.

Tout d'abord, laissez-moi vous souhaiter, au nom de toute l'équipe de EcoTV, une très bonne année 2008. Et pour joindre le geste à la parole, nous vous proposons une édition spéciale de EcoTV . Nous sommes aujourd'hui installés à l'Orangerie, le siège de la direction générale de BNP Paribas, situé au 3 rue d'Antin à Paris.

Nous sommes au cœur du Paris des affaires, dans un lieu chargé d'histoire. Cet hôtel, construit dans le premier quart du XVIIIe siècle, est emblématique du style Régence. En témoignent les peintures et les sculptures d'époque, signées Sébastien Leclerc et Nicolas Pineau, lequel a introduit la vague rococo en France. Cet hôtel a traversé la Révolution française et à quelques pas d'ici se situe la Salle des mariages. C'est là que Napoléon Bonaparte et Joséphine de Beauharnais se sont mariés en 1796.

Dès sa création en 1872, la Banque de Paris et des Pays-Bas établit son siège à L'Orangerie. Aujourd'hui le bâtiment abrite le siège de la direction générale de BNP Paribas. D'ici on entend battre le pouls de la banque… juste au-dessus de notre tête se situe en effet la Salle des marchés.

Au sommaire…

Au sommaire de cette édition spéciale, un rendez-vous avec le Président de BNP Paribas, Michel Pébereau. Philippe d'Arvisenet qui revient sur l'économie allemande. Et enfin les perspectives d'Eric Vergnaud concernant les négociations du cycle de Doha.

EcoTV, édition spéciale, action !

* * *

Sibylle Dehesdin : Nous sommes à présent dans l'un des salons de réception de l'Orangerie, en compagnie de Michel Pébereau, président de BNP Paribas.
Monsieur le président, bonjour.

Michel Pébereau : Bonjour


Sibylle Dehesdin : Nous allons revenir aujourd'hui sur la crise qui secoue le monde depuis août 2007. Tout d'abord, quelles sont les causes fondamentales de cette crise ?

Michel Pébereau : Je crois qu'à l'origine cette crise est vraiment très classique. En effet, son origine, c'est la distribution de crédits à des personnes qui ont des difficultés à les rembourser. C'est la crise bancaire la plus classique du monde. On ne s'est pas suffisamment soucié dans la distribution du crédit hypothécaire aux Etats-Unis, et notamment ce qui concerne les subprimes, de la capacité de remboursement des emprunteurs. Alors, cette crise est plus originale ensuite dans son aggravation, puisque c'est une crise des marchés financiers. Et ces marchés ont aujourd'hui un développement tel qu'ils ne l'avaient jamais connu auparavant. Et progressivement, à partir de produits financiers qui avaient été fabriqués pour financer les crédits hypothécaires aux Etats-Unis, la crise s'est étendue à d'autres produits financiers, d'une façon générale aux produits structurés. Il y a un blocage des marchés financiers, en particulier des marchés financiers à court terme entre 1 mois et un an.

Sibylle Dehesdin : On assiste à des injections répétées de liquidités de la part des banques centrales, l'Administration américaine vient de son côté d'adopter un processus pour alléger le fardeau qui pèse sur les emprunteurs à risque, tout cela ne va-t-il pas finir par calmer les choses ? Faudrait-il procéder à une nouvelle baisse des taux en Europe ?

Michel Pébereau : Je crois que les banques centrales font leur métier. Et leur métier consiste à faire en sorte que les marchés monétaires soient correctement approvisionnés. Elles le font d'une façon coordonnée, ce qui est une bonne nouvelle, puisque cela montre qu'elles ont en effet le souci d'être aussi efficaces que possible. Elles le font, bien que, dans le même temps, elles aient des préoccupations du côté de l'inflation. Cela montre qu'elles savent, si je puis dire, équilibrer leurs différentes préoccupations. Ce qui a été fait aux Etats-Unis pour essayer de solvabiliser les ménages, ce qui n'est pas de la responsabilité des banques centrales, me semble être une bonne chose, dans de telles situations difficiles. Sur le plan des crédits, il est utile d'améliorer la situation, d'étaler dans le temps les problèmes. Ce qui me paraît fondamental, c'est de rétablir, dans toute la mesure du possible, la confiance. Et la confiance dépend essentiellement des banques centrales d'une part, mais aussi de l'effort de transparence qui est fait et qui doit continuer d'être fait par les grands établissements de crédit à l'échelle du monde.

Sibylle Dehesdin : Donc en Europe, une nouvelle baisse des taux pourrait se révéler efficace ?

Michel Pébereau : Je pense que c'est un problème qui dépend fondamentalement de l'analyse que peut réaliser la Banque centrale européenne par rapport à cet équilibre entre le besoin de lutter contre l'inflation et le besoin d'alimenter dans de bonnes conditions les marchés. Le plus important aujourd'hui est que les marchés à court terme, à 3 mois, à 6 mois, retrouvent leur liquidité et que le coût de la liquidité soit réduit. Elle a atteint un niveau aujourd'hui qui est très excessif.

Sibylle Dehesdin : Certains parlent de « credit crunch », les enquêtes des banques centrales font état de restrictions des conditions de financement, pensez-vous que la crise aura des conséquences significatives sur les perspectives économiques en 2008 ?

Michel Pébereau : L'économie américaine était déjà sur la voie du ralentissement du fait de la crise immobilière qui a précédé la crise du crédit. Il faut bien comprendre que c'est d'abord de l'économie réelle que sont parties les difficultés aux Etats-Unis. Ce ralentissement économique concerne également l'Europe parce que l'économie occidentale dans son ensemble se trouve dans une période du cycle économique qui est normalement une période de fléchissement. Ce que l'on peut dire, c'est que les problèmes des marchés financiers ne peuvent manquer d'accentuer le ralentissement économique. En effet, aujourd'hui, les marchés financent plus de 60% de l'économie américaine aux côtés des banques qui financent le reste. Et si, en Europe, l'équilibre est meilleur,il n'en reste pas moins que les difficultés des marchés ne peuvent manquer de se répercuter sur l'ensemble de l'économie. Donc un ralentissement un peu plus marqué que prévu dans l'ensemble du monde occidental me paraît aujourd'hui probable.

Sibylle Dehesdin : Merci monsieur le Président.

Michel Pébereau : Je vous remercie.

* * *

Sibylle Dehesdin : Nous poursuivons notre édition spéciale dans l'enceinte de l'Orangerie, le siège historique de BNP Paribas. Nous nous trouvons à présent dans le petit salon en compagnie de Philippe d'Arvisenet, le directeur des études économiques de BNP Paribas.
Philippe bonjour,
Nous parlons aujourd'hui de l'économie allemande, qui a connu ces derniers temps une nette amélioration de ses performances. Mais pourquoi parler du retour du modèle allemand ?

Philippe d'Arvisenet : Parce qu'en France, nous avons pris l'habitude de nous comparer à l'Allemagne. C'est la principale raison. Derrière cette idée, nous avons un regain de performance de l'Allemagne à différents niveaux. Le premier, c'est la croissance : on a constaté, entre 2000 et 2005, une croissance allemande qui était la moitié de celle de la France. Et au cours des deux dernières années, elle a rebondi à un niveau sensiblement supérieur à celui que l'on constate chez nous. C'est un premier point. Le deuxième, c'est le fait que l'Allemagne a commencé la décennie avec un déficit de sa balance courante de près de 2 points de PIB. On s'achemine vers un excédent de 6 points cette année, à comparer avec un déficit en France. Et enfin la troisième chose, j'ai évoqué un taux de croissance inférieur en Allemagne sur 5 ans à ce qu'il était en France, de 2000 à 2005. Et en dépit de cette situation, l'Allemagne, qui en 2003, avait un déficit de ses dépenses publiques à peu près comparable à celui de la France, soit près de 4 points de PIB, (nous avions droit à l'époque aux remontrances de Bruxelles) a aujourd'hui, réussit à équilibrer. La France a toujours un déficit de 2,5%. Donc, ce sont quelques ingrédients qui nourrissent cette idée de retour du modèle allemand.

Sibylle Dehesdin : Vous insistez sur les performances du commerce extérieur, mais comment les analysez-vous ? Quelles sont les origines de ce sursaut ?

Philippe d'Arvisenet : Ce sur quoi on met beaucoup l'accent, ce sont les performances du commerce extérieur. Il faut creuser un peu pour voir ce qu'il y a derrière. Il y a des éléments qui sont fréquemment mis en avant par les observateurs, qui sont le fait que l'Allemagne est mieux spécialisée que la France en matière de destination géographique de ses exportations, ou encore en matière de spécialisation sectorielle. Autrement dit, on vend les choses qui sont demandées. Cela n'est qu'une partie du problème. L'Allemagne dispose d'un tissu de PME exportatrices que nous n'avons pas en France. Il y a environ une bonne dizaine de pour cent des entreprises allemandes qui exportent, c'est à peu près la moitié en France. C'est le deuxième point. Le troisième point sur lequel il faut insister, c'est que l'appareil productif allemand est beaucoup plus réactif que l'appareil productif français, disons depuis 5 ou 6 ans. Si on prend l'indice de la production industrielle allemande en 2000 et ce qu'il est aujourd'hui, on a gagné près de 20 points. En France, on est à peu près au même niveau qu'en 2000. Et enfin, dernier élément, l'Allemagne a connu plusieurs années de forte maîtrise des salaires, conjuguée tout récemment à une réaccélération des gains de productivité qui sont passés au-dessus des gains de productivité français. Quand on combine tout ça, on a des coûts unitaires qui se trouvent en Allemagne 9 points au-dessous de ce qu'ils étaient il y a 7, 8 ans. En France, on est 3 ou 4 points en dessous de là où on était il y a 7, 8 ans.

Sibylle Dehesdin : Mais tout de même, n'y a-t-il pas un, ou des, aspects moins brillants sur le tableau économique allemand ?

Philippe d'Arvisenet : Premièrement, il y a eu, naturellement, un prix à payer. Et ce prix à payer, on l'a vu dans l'évolution des revenus réels des ménages et de la consommation qui ont quasiment stagné pendant plusieurs années. Alors qu'en France, on a eu une consommation qui, bon an mal an, a augmenté de 2% année après année. Le deuxième point, on s'interroge sur le fait que la coalition allemande qui existe à l'heure actuelle n'est peut-être pas vouée à durer éternellement. Il va y avoir des élections, on voit des tensions, des discussions sur les réformes structurelles mises en œuvre. Certains craignent qu'on ne les mette plus en œuvre comme il faudrait. C'est un deuxième élément de fragilité.

Sibylle Dehesdin : Merci Philippe, je rappelle que vous publiez régulièrement vos éditos sur le site des Études économiques : http://www.economic-research.bnpparibas.com/applis/www/RechEco.nsf/navigation/homepageInter?OpenDocument&Lang=FR

* * *

Sibylle Dehesdin : Nous accueillons à présent Eric Vergnaud, responsable de la zone OCDE.
Bonjour Eric,
Nous abordons aujourd'hui avec vous les négociations du cycle de Doha, qui vise à promouvoir le développement par la libéralisation des échanges. Voilà maintenant six ans que ce processus achoppe, notamment sur le problème des subventions agricoles, opposant les pays du Nord et du Sud.
Alors où en est-on aujourd'hui et pensez-vous que ces négociations puissent aboutir en 2008 ?

Eric Vergnaud : En effet, depuis son lancement en 2001, le processus de Doha connaît des difficultés et cela est dû aux fortes divergences autour du dossier agricole. Les pays émergents, Brésil et Inde en tête, critiquent très sévèrement le niveau des subventions aux exportations agricoles américaines et les droits de douane européens. Le blocage autour du dossier agricole a condamné toute avancée significative pour l'industrie et les services. On a fixé une nouvelle date limite afin d'atteindre un accord sur ce dossier de Doha, qui est la fin de 2008.

Sibylle Dehesdin : Pourquoi toutes ces difficultés ?

Eric Vergnaud : Tout d'abord, la libéralisation des échanges agricoles pose des problèmes autant politiques qu'économiques. Ensuite, aux ambitions tarifaires initiales, se sont ajoutées des ambitions d'intégration réglementaire, avec des sujets tels que les services, la facilitation des échanges et la propriété intellectuelle. Mais tous ces sujets sont extrêmement sensibles pour les pays en développement.

Sibylle Dehesdin : Quelles seraient les conséquences d'un éventuel échec de ces négociations ?

Eric Vergnaud : Rappelons tout d'abord qu'il y a un lien très clair entre le développement du commerce international et le développement économique. S'il y avait un échec du cycle de Doha, ce qui n'est pas notre hypothèse principale, , cela ne remettrait pas en cause les avancées importantes realisées lors des précédentes négociations commerciales. Toutefois, un certain nombre de problèmes apparaitraient qui pourraient avoir des conséquences extrêmement défavorables au nombre desquelles : l'érosion du système multilatéral avec la multiplication des accords de commerce bilatéraux, qui sont généralement peu favorables aux pays en développement ; ensuite on ne peut exclure une nouvelle montée du protectionnisme, et enfin, la non-matérialisation des gains attendus de la libéralisation totale des échanges.

Sibylle Dehesdin : Merci Eric.
Nous arrivons à la fin de cette émission. Une fois encore, toute l'équipe de EcoTV vous souhaite une excellente année 2008.
On se retrouve le mois prochain pour une nouvelle édition de EcoTV , le rendez-vous mensuel des économistes de BNP Paribas.

Imprimer Fermer